Condamnation choc au tribunal de Dixinn : Riam’s Lolo écope de deux ans de prison ferme propour incitation à la débauche
Conakry, le 11 septembre 2025 – Dans une affaire qui secoue la scène des réseaux sociaux en Guinée, Fatoumata Yarie Camara, plus connue sous le pseudonyme de Riam’s Lolo, a été condamnée ce jeudi à deux ans de prison ferme par le tribunal de première instance de Dixinn. Accusée d’incitation à la débauche, d’outrage public à la pudeur, de vente de produits prohibés et de proxénétisme, cette influenceuse populaire sur les plateformes en ligne risque de voir sa carrière brisée net. L’audience, qui s’est tenue dans une salle bondée de curieux et de journalistes, a mis en lumière les tensions croissantes autour de la moralité numérique en Afrique de l’Ouest.
Le contexte d’une affaire qui défraye la chronique
Tout a commencé fin août 2025, lorsque Riam’s Lolo, âgée d’une vingtaine d’années, et deux complices présumées, Kadiatou Yattara et Aminata Diaby, ont été interpellées par les forces de l’ordre. Placées en détention provisoire à la Maison Centrale de Conakry depuis le 22 août, les trois jeunes femmes ont été présentées au tribunal de Dixinn à partir de la fin de la semaine dernière. Les charges retenues contre elles portent sur des activités en ligne jugées contraires aux bonnes mœurs : publication de contenus suggestifs incitant à la débauche, promotion et vente de produits aphrodisiaques prohibés, ainsi que des soupçons de proxénétisme via des réseaux sociaux comme TikTok et Instagram, où Riam’s Lolo comptait des milliers d’abonnés.
Selon les enquêteurs, les vidéos et publications de l’influenceuse, souvent vestimentaires osées et aux sous-entendus explicites, auraient dépassé les limites de la liberté d’expression pour verser dans l’outrage à la pudeur publique. Des témoignages recueillis lors de l’instruction évoquent des appels à des rencontres douteuses et la commercialisation de substances destinées à stimuler la libido, vendues illégalement. « Ces actes portent atteinte aux valeurs sociétales guinéennes et exposent particulièrement les jeunes à des dérives morales », a déclaré le procureur lors de l’ouverture du procès, soulignant le rôle des réseaux sociaux dans la propagation de tels contenus.
L’audience : déni et tensions
Lundi dernier, lors de la première audience, Riam’s Lolo et Kadiatou Yattara ont nié catégoriquement les faits qui leur sont reprochés. Devant un parterre de reporters, l’accusée principale, vêtue d’un simple boubou, a plaidé sa bonne foi : « Je ne fais que partager ma vie et promouvoir des produits naturels pour le bien-être. Il n’y a aucune intention de débauche derrière cela. » Ses avocats ont argué d’une instrumentalisation des lois sur la moralité pour museler la liberté d’expression des femmes sur internet, invoquant des précédents où des influenceuses ont été ciblées pour des motifs similaires dans d’autres pays africains.
Malgré ces défenses, le juge a suivi les réquisitions du parquet, prononçant une peine de deux ans ferme pour Riam’s Lolo, assortie d’une amende de 5 millions de francs guinéens. Les deux co-accusées ont écopé de peines similaires, bien que des détails précis sur leurs sentences n’aient pas été rendus publics immédiatement. La décision a provoqué des murmures dans la salle d’audience, où des soutiens de l’influenceuse ont crié au scandale, tandis que des représentants d’associations morales applaudissaient, voyant là un signal fort contre la « décadence numérique ».
Réactions et implications plus larges
Cette condamnation intervient dans un contexte où la Guinée, comme de nombreux pays d’Afrique, durcit sa législation face à l’essor des influenceurs. Des cas similaires, comme ceux d’influenceuses égyptiennes condamnées pour « incitation à la débauche » en 2021, ou de rappeurs marocains en 2024, illustrent une tendance régionale à réprimer les contenus jugés immoraux sur les réseaux. En Guinée, le ministère de la Justice a récemment annoncé une campagne de sensibilisation contre la cybercriminalité, visant particulièrement les jeunes créateurs de contenu.
Sur les réseaux sociaux, l’affaire divise : #LibérezRiamsLolo a récolté des milliers de partages de la part de ses fans, qui dénoncent une justice patriarcale, tandis que d’autres utilisateurs saluent une victoire pour la protection des valeurs traditionnelles. Aminata Diallo, une avocate féministe contactée par notre rédaction, tempère : « C’est un équilibre délicat entre liberté et responsabilité. Mais ces peines lourdes risquent de décourager les voix féminines en ligne. »
Riam’s Lolo, qui avait bâti sa notoriété sur des tutoriels mode et des conseils bien-être, pourrait faire appel de la décision dans les prochains jours. En attendant, cette affaire rappelle que, dans l’ère numérique, un post peut mener à la prison. Le tribunal de Dixinn reste sous haute surveillance, alors que Conakry retient son souffle face à ce verdict controversé.
