Madagascar : « Exfiltration sous tension : Andry Rajoelina évacué par l’armée française dans un contexte de mutinerie
Antananarivo, Madagascar — 14 octobre 2025
Un vent de crise souffle violemment sur Madagascar. Après plusieurs semaines de protestations massives accueillant tant des revendications sociales que politiques, le pouvoir est entré dans une spirale de déstabilisation. Le président malgache Andry Rajoelina, discrètement évacué du territoire national, reste aujourd’hui l’un des hommes les plus recherchés du pays. À l’origine de cette retraite précipitée : une mutinerie majeure et un clivage profond au sein des forces armées.
1. Le contexte : colère sociale, gronde militaire
Depuis le 25 septembre 2025, des milliers de jeunes Malgaches, réunis sous le nom de Gen Z Madagascar, descendent dans la rue. Initialement motivés par des coupures récurrentes d’eau, d’électricité et l’injustice économique, les manifestants embrassent peu à peu une revendication plus globale : le départ de Rajoelina et une refonte radicale du système.
L’escalade politique survient lorsque le CAPSAT — unité d’élite des Forces armées malgaches — se désolidarise et invite les soldats à ne plus obéir aux ordres du président. C’est un tournant : l’armée, pilier essentiel du pouvoir, se brise en deux.
Jusqu’alors, Rajoelina avait cherché à regagner du terrain politique en opérant un remaniement stratégique : il a dissous l’Assemblée nationale et nommé un militaire à la tête du gouvernement. Le 6 octobre, le Général Ruphin Zafisambo est nommé Premier ministre. Toutefois, ces mesures n’ont pas suffi à rejoindre les protestataires ou contenir la fracture au sein des forces armées.
2. La mutinerie – 12 octobre : le basculement
La journée du 12 octobre marque l’accélération dramatique de la crise. L’unité CAPSAT revendique désormais le contrôle de l’armée malgache, engageant une mutinerie dont l’issue reste ouverte. Les manifestants et les militaires dissidents convergent vers la capitale, Antananarivo, tandis que des éléments gouvernementaux restent figés, incapables de riposter.
Dans ce climat d’incertitude, des soldats tentent de s’emparer du bâtiment de la télévision nationale, empêchant la diffusion du discours présidentiel prévu. Le direct est retardé — dans l’intervalle, des rumeurs circulent sur l’état de santé et la localisation du chef de l’État. C’est le point de rupture.
3. Exfiltration : les zones d’ombre d’une évacuation controversée
Les rumeurs vont bon train : le président aurait été évacué à bord d’un avion militaire français. Selon RFI, l’exfiltration se serait faite le 12 octobre, après un survol de l’Île Sainte-Marie, avec une escale à La Réunion. Certains médias mentionnent que l’auteur de cette opération serait la France, via un accord discret avec le président Macron. Pourtant, l’Élysée, interpellé à ce sujet, se dit « dans l’impossibilité de confirmer » toute implication directe.
Dans son allocution diffusée via Facebook, Rajoelina déclare ne pas avoir « fui » mais plutôt s’être mis à l’abri d’une « tentative d’assassinat » — sans toutefois lever le voile sur son lieu de destination. Le mystère persiste autour de cette évacuation. Où se trouve désormais le président ? Jusqu’où la France est-elle engagée ? Et surtout, qui exerce désormais le pouvoir réel à Madagascar ?
4. Scénarios et enjeux : crise institutionnelle et affairisme diplomatique
Une vacance constitutionnelle prévue ?
L’opposition tente déjà de tirer profit du chaos. La destitution de Richard Ravalomanana, président du Sénat, a été votée dans la foulée, marquant un glissement institutionnel majeur. Par ailleurs, certains parlementaires invoquent l’abandon de poste pour déclencher une motion d’impeachment ou une élection anticipée. La dissidence militaire et civile pourrait alors choisir un leader de transition, potentiellement en conflit avec les loyalistes du régime.
L’ombre de la France et la souveraineté de Madagascar
L’hypothèse d’une intervention française suscite un questionnement : aide humanitaire ou ingérence ? Des observateurs dénoncent déjà une « exfiltration néocoloniale » ayant transformé Rajoelina en protégé étranger. La France, pour sa part, insiste sur le besoin de préserver la stabilité constitutionnelle, sans pour autant confirmer l’opération.
Sur le plan diplomatique, la communauté internationale appelle au calme. L’Union africaine et les États-Unis demandent un retour au dialogue pacifique et le respect des institutions.
Le peuple malgache au cœur du cyclone
Au-delà des élites, ce sont les citoyens ordinaires qui payent le prix le plus lourd. Les coupures répétées d’électricité et d’eau, le chômage accru et la répression policière exacerbaient déjà les tensions. Les protestataires réclament non seulement le départ du « régime Rajoelina », mais une transformation sociale profonde : transparence, inclusion et justice économique.
5. En conclusion
L’histoire retiendra peut-être cette date : 12 octobre 2025. Un président qui, quelques jours plus tôt, se voyait invincible, est désormais contraint à la fuite. Une armée fracturée, un gouvernement en suspens, un peuple en colère.
Madagascar est au bord d’un tournant majeur — entre une transition démocratique improbable ou un contrôle militaire de fait. Mais une question demeure : faut-il voir derrière cette exfiltration une manœuvre de sauvegarde ou un subterfuge orchestré ?
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Reportage Abou Anelka Diakite 624 83 80 97