En Guinée : « met au défi : la bataille de vérité dans l’affaire
L’affaire de la privatisation contestée de la compagnie nationale Air Guinée refait surface dans le débat politique guinéen. L’un des protagonistes principaux, l’ancien Premier ministre et opposant guinéen Cellou Dalein Diallo, réagit vivement aux accusations portées à son encontre par l’ancien président de la transition, le général Sékouba Konaté.
Le général Konaté affirme que lors des audits de 2009, Dalein aurait « reconnu et signé » sa responsabilité dans la gestion de cette compagnie.
En réponse, Dalein dément formellement cette version et lance un défi : que l’on produise le document par lequel il aurait reconnu sa culpabilité.
Déclarations de Cellou Dalein Diallo
Dans sa prise de parole datée du 16 octobre 2025, Dalein affirme :
- « Je confirme n’avoir jamais été interrogé, ni avant, ni pendant, ni après l’audit mené en 2009 par Ousmane Kaba et son équipe sur cette opération. »
- « Ce n’est qu’en 2022, lorsque le rapport d’audit a été transmis à la et publié par la presse, que j’ai pu prendre connaissance dudit rapport. »
- « Je mets le général Sékouba Konaté et tout autre responsable des services du contrôle d’État au défi de sortir un document par lequel je reconnais une quelconque culpabilité dans la privatisation d’Air Guinée ou dans la gestion de tout autre bien public. »
- Il annonce également envisager une action en justice pour « diffamation », estimant que les déclarations de Konaté portent atteinte à son honneur et à sa réputation.
Accusations du général Sékouba Konaté
Le général Konaté, dans une interview à VoxAfrica, soutient que :
- Il était « président des audits » en 2009 et dit savoir que Dalein aurait reconnu sa responsabilité et signé un document.
- Selon lui, Dalein « devait aller en prison », mais ce serait lui qui aurait demandé qu’on ne l’envoie pas.
- Il avertit que d’« autres choses » seront dites contre Dalein.
Les faits à retenir
- La privatisation de la compagnie nationale Air Guinée est au cœur de cette controverse. Un rapport d’audit de 2009, finalisé durant la transition, a été publié en 2022 et attribue la responsabilité de la vente sans appel d’offres à Elhadj Mamadou Sylla, tout en mettant en cause Dalein.
- Dalein affirme ne pas avoir été entendu ni mis en cause à l’époque des audits, ce qui rend, selon lui, l’affirmation de Konaté incohérente.
- Le défi lancé par Dalein à Konaté — publier le document signé — place la balle du côté de l’accusateur pour que la situation soit clarifiée publiquement.
Enjeux politiques et judiciaires
Cet échange a plusieurs implications :
- Sur le plan politique, il s’agit d’un affrontement entre un leader de l’opposition (Dalein) et un homme qui fut au sommet de l’État de transition (Konaté). La crédibilité de chacun est mise en jeu.
- Sur le plan judiciaire, la menace de Dalein d’une plainte pour diffamation signale qu’il entend se défendre farouchement et chercher réparation.
- Plus large encore, cette affaire illustre les difficultés de gestion des dossiers d’audit et de privatisation en Guinée : transparence, responsabilité, archivage des documents, droit à la défense.
- Pour l’opinion publique, cela relance la question : qui est vraiment responsable des décisions prises sous les différents régimes ? Et comment garantir que la justice soit équitable pour tous ?
Quelles sont les prochaines étapes ?
- Il faudra surveiller si Konaté ou les services de l’État publient le document invoqué par Dalein.
- Observer si Dalein engage effectivement une procédure judiciaire, et comment les tribunaux guinéens ou la CRIEF (ou un autre organe de la justice) réagiront.
- Suivre l’évolution du dossier d’Air Guinée : s’il y a un approfondissement de l’enquête, de nouveaux témoignages ou des pièces supplémentaires.
- Repérer les réactions des partis politiques, de la société civile et des médias : cette affaire peut avoir un impact sur la campagne électorale ou la mobilisation des militants.
Conclusion
Le coup de tonnerre lancé par Cellou Dalein Diallo — « Je mets le général Sékouba Konaté au défi » — marque un moment important dans le paysage politique guinéen. Le défi est clair : l’accusateur doit désormais produire ses preuves. Et si ces preuves ne viennent pas, l’accusé se réserve le droit de faire valoir ses droits en justice.
Mais au-delà des protagonistes, c’est tout un pays qui regarde : la Guinée, ses archives, ses audits, sa transparence, et la confiance que la population peut avoir en ses institutions.
Reportage Abou Anelka Diakite 624 83 80 97