Guinée-Bissau : Des hommes armés attaquent les sièges de plusieurs partis d’oppositio
Mercredi 26 novembre 2025, l’armée bissau-guinéenne a pris le pouvoir, affirmant avoir « pris le contrôle total » du pays. Les militaires ont suspendu le processus électoral — présidentielle et législatives — fermé les frontières, imposé un couvre-feu, et arrêté le président en exercice, Umaro Sissoco Embaló, ainsi que des hauts responsables de l’État.
Des coups de feu ont été entendus dans la capitale, Bissau, près du palais présidentiel, du ministère de l’Intérieur et du siège de la commission électorale nationale (CNE), peu avant la déclaration de l’armée.
La situation reflète les fragilités persistantes d’un pays habitué aux coups d’État depuis son indépendance, et longtemps qualifié de « narco-État » en raison de son rôle de plaque tournante dans le trafic de drogue entre l’Amérique du Sud et l’Europe.
Samedi 29 novembre, des hommes armés — « miliciens fortement armés », selon le principal parti d’opposition — ont attaqué le siège de l’influente formation PAIGC (Parti Africain pour l’Indépendance de la Guinée et du Cap-Vert). Ils ont procédé à l’expulsion des occupants, forcé portes et bureaux, et fouillé l’intérieur des locaux.
D’autres cibles ont été visées : le siège de campagne de l’indépendant Fernando Dias (candidat déclaré gagnant ou prétendant à la présidence) ainsi que les locaux du PRS (Parti de la Renaissance Sociale), une autre formation d’opposition.
Le PAIGC dénonce une attaque illégale — une violation des principes fondamentaux de l’État de droit — et met en garde contre les « responsabilités civiles, criminelles et politiques » de ses auteurs.
Selon des témoins, les intrus — certains masqués — ont semé la panique parmi les agents de sécurité. Le parti évoque la possibilité que des armes soient « plantées », dans le but de les accuser plus tard de trafic d’armes.
- Le PAIGC décrit l’attaque comme une « occupation forcée » et un acte illégal, s’inquiétant de la stigmatisation ou d’un futur procès pour des crimes qu’il n’a pas commis.
- Les forces de l’ordre — ou du moins des hommes en uniforme — sont soupçonnées d’être à l’origine des attaques, ce qui soulève la peur d’une instrumentalisation de la force au service d’intérêts politiques.
- Dans un contexte déjà instable, ces raids accentuent le sentiment d’insécurité, d’arbitraire et de basculement dans une gouvernance militaire, loin des principes démocratiques.
L’attaque des sièges de partis d’opposition s’inscrit dans un coup de force plus large : prise du pouvoir par l’armée, suspension des élections, arrestation des dirigeants, dissolution de certaines institutions. Pour beaucoup d’observateurs, ce nouveau putsch creuse le fossé de la légitimité et fragilise toute perspective de retour à un ordre constitutionnel.
Si rien n’est fait pour garantir la sécurité des partis politiques, la transparence et la protection des droits civiques et politiques, la Guinée-Bissau risque de sombrer dans une crise prolongée — avec des conséquences graves : exil de dirigeants, répression, instabilité, et vulnérabilité accrue face aux réseaux criminels.
Pour les citoyens bissau-guinéens — et pour la sous-région ouest-africaine — l’alerte est lancée. La communauté internationale, les États voisins et les organisations régionales devront suivre la situation de près.
