Kourémalé frappée par une sévère pénurie d’essence : le litre se vend jusqu’à 60 000 GNF

Kourémalé frappée par une sévère pénurie d’essence : le litre se vend jusqu’à 60 000 GN

Kourémalé, frontière Guinée-Mali – Depuis plusieurs jours, les habitants de Kourémalé vivent au rythme de queues interminables, de stations à sec et de prix délirants pour se procurer l’essence. Alors que le litre d’essence se négociait officiellement à des prix bien moindres, le marché noir affiche désormais des tarifs jamais vus : jusqu’à 60 000 francs guinéens (GNF) le litre.


L’alerte des usagers

« Je suis parti de chez moi à 5 h du matin, j’ai fait trois stations sans succès, j’ai dû acheter un bidon à un revendeur informel à 60 000 GNF, sinon je restais coincé. » se plaint un chauffeur de transport privé rencontré près de la station‐service centrale de Kourémalé.

Selon plusieurs témoignages recueillis sur place :

  • Les stations officielles affichent un message « Rupture de stock » ou sont simplement fermées.
  • Les rares stations encore approvisionnées limitent la quantité vendue par véhicule, parfois à un seul bidon.
  • Les revendeurs du marché noir profitent de la frustration : beaucoup achètent l’essence à bas prix (ou en récupèrent via des circuits parallèles) puis la revendent au prix fort.

Les causes avancées

Bien que les autorités n’aient pas toujours communiqué de façon transparente sur cette situation spécifique à Kourémalé, voici les pistes évoquées par les habitants, les transporteurs, et quelques sources médiatiques :

  1. Difficultés d’approvisionnement
    • Retards dans l’arrivée des navires-citerne ou des cargaisons d’essence.
    • Problèmes de logistique pour acheminer le carburant jusqu’à Kourémalé, qui est une zone frontalière relativement éloignée des grands dépôts.
  2. Sortie clandestine / trafic transfrontalier
    • Certains habitants affirment que l’essence destinée à la Guinée est acheminée clandestinement vers le Mali voisin, ce qui tend à raréfier l’offre locale.
  3. Spéculation et marché informel
    • Le prix officiel ne suit plus du tout le prix de vente dans le marché informel.
    • Revendeurs opportunistes exploitent la demande pressante, sans contrôle effectif.
  4. Inflation, coûts additionnels
    • Le coût du transport du carburant, les taxes, etc., contribuent à faire monter les prix.
    • La faiblesse de la régulation locale dans les zones frontalières permet aux vendeurs de surenchérir.

Impact sur les populations

La pénurie a des effets déjà visibles et délétères :

  • Les transporteurs, notamment les taxis et motos‐taxis, sont parmi les plus touchés. Beaucoup déclarent qu’ils ne font plus de profit — voire sont en perte — lorsque le carburant leur coûte 60 000 GNF le litre.
  • Le coût des biens de consommation grimpe, car le transport – que ce soit des marchandises ou des personnes – devient plus cher.
  • Les déplacements sont réduits, particulièrement pour les soins médicaux ou les urgences : certains ménages n’osent plus prendre leur véhicule à cause du coût prohibitif.
  • Le commerce informel se développe : des petits revendeurs achètent des bidons ou des jerricans pour les revendre, créant une chaîne de distribution parallèle souvent non régulée.

Réactions des autorités

À ce jour, plusieurs sources rapportent que :

  • Le gouvernement guinéen à plusieurs reprises a fait des annonces pour rassurer quant à un approvisionnement en carburant, surtout après des incidents majeurs comme l’explosion du dépôt de Kaloum.
  • Dans d’autres localités, des mesures de rationnement ou de restriction (par moto ou véhicule, par quantités) ont été instaurées.
  • Mais dans la zone de Kourémalé, peu de réponses concrètes sont visibles : les habitants demandent une intervention rapide, tant pour réguler les prix que pour sécuriser l’approvisionnement.

Ce qu’il faut faire selon les acteurs sur le terrain

Voici quelques pistes souvent évoquées pour sortir de la crise :

  • Renforcer la surveillance aux frontières pour prévenir les sorties illégales de carburant.
  • Assurer la transparence dans la distribution, afin que l’essence destinée aux stations soit effectivement livrée.
  • Mettre en place des prises en charge temporaires, par exemple des subventions ou des crédits carburant pour les professionnels du transport.
  • Encourager les autorités locales (préfecture, administration régionale) à dialoguer avec les usagers pour signaler les abus.
  • Activer les approvisionnements d’urgence, via des camions supplémentaires ou des convois sûrs pour les zones frontalières.

Témoignage

« Ma moto est restée immobilisée deux jours, parce que je ne pouvais acheter l’essence qu’au prix du marché noir. À 60 000 GNF le litre, même si j’ai un client, je ne peux pas accepter le prix qu’il m’offre. C’est impossible de faire du transport rentable comme ça. » — Amadou (chauffeur moto-taxi à Kourémalé)


Conclusion

Kourémalé subit, comme beaucoup d’autres zones du pays, les conséquences d’une rupture d’approvisionnement en essence, aggravée par la spéculation et le manque de régulation. Si la population continue de payer le prix fort, les autorités semblent avoir du mal à faire entendre leur voix ici, ou à imposer un véritable contrôle.

Le défi est double : restaurer l’offre normale d’essence, et protéger la population contre les abus, tout en assurant que les mesures prises soient effectives sur le terrain.

Reportage Abou Anelka Diakite 624 83 80 97

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